Interview de Julie Espiau, Sculptrice

Julie Espiau

Sculptrice

 

Parle-nous de toi et de ton parcours

Depuis que je suis toute petite, je voulais être artiste ou professeur d’art. Je dessinais tout le temps. A 7 ans lorsque mon père a encadré un de mes dessins, mon avenir semblait tout tracé.

J’ai donc passé le concours d’entrée aux Beaux-Arts de Bordeaux pour faire des études d’arts plastiques. Mais, maman très jeune, j’ai continué par des études plus classiques pour subvenir aux besoins de ma famille, avec des études de communication et une École de Commerce. Les métiers que j’ai exercés, en gestion finance étaient finalement très éloignés de l’art.

C’est un accident de travail dans un entrepôt chez qui m’a ramené à l’art. Dès les premiers jours, j’ai repris les pinceaux dans mon lit.  Telle Frida Kahlo,  ils m’ont aidé à m’évader, canaliser la douleur, et supporter ma lente récupération.  Mon thème de prédilection était les femmes et leurs émotions.

Puis, le passage en fauteuil, quelques années plus tard, m’a permis alors de créer et d’organiser avec une équipe un salon artistique.

Ayant retrouvé un peu de mobilité, j’ai eu l’occasion d’assister à des cours de modelage. Un coup de foudre ! J’ai mis en forme les corps de femme que je peignais. C’est devenu vital pour moi. La terre a des propriétés incroyables, elle absorbe tout : soucis, douleurs et nous transporte ailleurs. Aujourd’hui encore elle a le même pouvoir dans les nouveaux soucis de santé que je traverse.

Ce sont deux prix en sculpture et céramique contemporaine en 2017, qui m’ont décidé à en faire mon métier. Après plusieurs opérations de la colonne, j’ai alors suivi des stages dans la sculpture sur terre avec des artistes et des artisans d’art.

Mais pour me lancer, j’ai en plus souhaiter me former pour apprendre à communiquer sur les réseaux sociaux. L’objectif était de réussir à vendre mes sculptures en limitant mes déplacements.

Côté création, avec le temps, j’ai développé mes propres techniques pour créer mes sculptures où les pleins et les vides se répondent avec un style assez unique. Je continue toujours à faire des recherches pour aller plus loin dans l’expression artistique.

 

 

En tant qu’artiste, mes œuvres transmettent un message qui me tient à cœur sur le corps des femmes. Pour moi, la beauté réside dans la particularité et les différences, et en aucun cas dans une norme. Je « sculpte les émotions au féminin » car le vide représente tous ce que les femmes ressentent face au regard extérieur et gardent à l’intérieur d’elles-mêmes car elles n’osent pas s’exprimer. Souvent la beauté est donnée par l’émotion et le regard que l’on a sur soi et les autres. J’aborde aussi d’autres thèmes et notamment le corps et le handicap.

 

 

Comment se passe la transmission et les cours ? 

A côté de mes créations, j’ai aussi une activité de cours. Avec les enfants, l’objectif est la découverte d’eux-mêmes. Je leur propose d’essayer une trentaine de médiums : fusain, feutres, encre de chine, pastels, aquarelle, peinture acrylique… En effet, l’apprentissage des arts plastiques et le développement de la créativité entre dans le travail d’une sculpture.

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Pour les adultes, je propose des ateliers de 3h et des stages plus poussés sur un week-end. C’est à la fois un apprentissage de techniques mais aussi un accompagnement pour la réalisation de leur idée. J’accompagne aussi des professionnels.

Certains de mes élèves viennent à la terre dans un objectif de bien-être et de convivialité et certains développent le virus de la création. Même si je ne suis pas art-thérapeute, je suis bien placée moi-même pour en connaitre les vertus.

 

 

Parle-nous ta relation avec H’Up

Quand j’ai commencé l’accompagnement H’Up, après le confinement, mon activité peinait à redémarrer. Pendant le confinement j’avais préféré mettre mes compétences aux services de tous en donnant des cours de dessin gratuitement aux enfants et à leur famille en visio et mettre en sommeil ma propre activité.

Avec la contrainte du handicap, l’objectif de l’accompagnement a été d’accentuer mon développement sur internet et de développer mon travail avec les galeries. Je devais minimiser mes déplacements et la manutention des socles, ayant besoin d’être accompagnée pour chaque exposition. Le deuxième point était la sculpture sur terre est très physique. Entre deux pièces, je créais d’autres œuvres : aquarelles, dessins, tableaux céramiques…que je devais « revendiquer ». Le deuxième objectif était donc de prendre confiance en moi pour diffuser ces autres créations que je n’osais pas montrer.

Avec ma coach Projet Sarah Quineau de chez Linklusion, l’objectif a été d’axer mon développement sur un présence accrue sur internet

Le premier pas a été de transformer mon site vitrine en un site avec un boutique en ligne, et la réservation en ligne de mes cours et stages. Elle m’a donc accompagnée sur l’architecture du site et sur sa mise en place ce qui me permet aujourd’hui d’avoir des ventes en direct.

Alors que je communiquais et vendais via facebook et Instagram, le deuxième axe a été de développer ma présence sur Linkedin.  Aujourd’hui, j’ai beaucoup de retours positifs de ma présence et des sculptures adoptées par ce réseau.

Dans la H’up académie, nous avons aussi bénéficié d’une coach de développement personnel, la mienne était Carole Birembau de chez BNP paribas. Le travail s’est porté sur l’organisation et la mise en place d’objectifs prioritaires. J’avais depuis longtemps envie de faire de la sculpture sur bronze et tout le matériel à disposition était dans mon atelier depuis longtemps. Je n’osais pas, je voulais faire une formation avant… Elle a réussi à lever mes blocages, et 4 jours plus tard la sculpture en cire était réalisée, prête à aller à la fonderie. Un réel succès car elle a été très rapidement adoptée. Cette création m’a permis aussi de prendre confiance en moi pour travailler avec de nouvelles galeries. J’ai fait le même cheminement pour enfin montrer mes autres créations en aquarelle, dessin et linogravure.

Parallèlement à la création, mon activité de cours se déroulait dans mon « petit atelier » qui était dans une pièce de mon domicile. Dès le départ, le projet de construction d’un atelier dédié à la création était prévu, mais se posait la question de l’adéquation des installations avec mon handicap. Grâce aux nombreuses conférences que nous avons eu, j’ai enfin fait appel à Cap emploi qui a missionné un ergonome pour étudier chacun de mes mouvements. Mon atelier a été fini au mois de mai et ces jours-ci, le matériel commence à être livré. J’ai obtenu l’aide de l’Agepfip à 60% pour des machines pour travailler la terre me soulageant pour certains gestes et du mobilier adéquat. Cet atelier me permet aujourd’hui de faire découvrir mes œuvres à des amateurs d’art mais aussi de faire des portes ouvertes 4 fois dans l’année.

Avec H’up, nous avons pu bénéficier de séances de co-développement avec Yaël Mimoun. Ces séances nous ont permis de trouver une mécanique pour aider les autres à régler leurs blocages. Je m’en sers beaucoup aujourd’hui dans un groupe de créateurs dont je fais partie : Le cercle des créateurs de Killian Tallin.

 

Finalement, la H’up académie m’a permis surtout de prendre confiance en moi, de bien développer et de diversifier mon activité, d’organiser ma création et la diffusion de mon travail d’artiste de manière à préserver un peu ma santé.

 

Ta plus grande fierté

Ma plus grande fierté sur cet accompagnement a été d’oser faire une sculpture en bronze. C’était un grand blocage. En arrivant à la fonderie, j’avais l’impression d’être une petite fille pour son premier jour d’école. Le bronze a été une vraie découverte.

 

Un dernier conseil à partager ?

  • Avoir un message authentique, différenciant et affirmé : La technique n’est pas le plus important, il faut d’abord savoir ce qu’on veut exprimer et développer un style propre en puisant au fond de soi-même. Une démarche artistique doit être personnelle et sincère Ensuite, c’est par la recherche et la répétition de créations que le style se construit petit à petit, donc par un travail intensif. J’accompagne d’ailleurs dans cette démarche des artistes qui souhaitent se lancer.
  • Se former au cœur de métier avant de se lancer.

Le conseil que je donne est de se rapprocher d’ateliers proches de chez soi pour découvrir, regarder, apprendre les différentes techniques. Je n’ai pas fait de formation en céramique J’ai fait le tour de pas mal d’ateliers dans ma région pendant deux ans et j’ai développé des techniques propres avec de la recherche.

  • Se faire accompagner et se former dans les autres disciplines nécessaires à la gestion d’une entreprise.

C’est fini l’artiste qui ne fait que créer. Pour ma part, je recommençais à 0 après 10 ans de morphine, notamment en informatique, sur la communication sur les réseaux sociaux… Il ne faut pas donc pas hésiter à faire des formations pour la gestion de votre activité, à côté de l’art.  Pour information en 3 ans, j’ai fait des formations sur Instagram, facebook, marketing digital, des accompagnements spécifiques aux artistes, h’up, le SEO, la comptabilité et je dois certainement en oublier….

  • Trouver les bons partenaires :

Développer son activité seul est difficile, il est difficile de se concentrer sur tous les sujets et d’être serein à l’atelier dans sa bulle créative. Après 3 ans de travail acharné pour tout mener de front j’ai accepté de diffuser mon art en collaborant avec des galeries. Mais, je n’ai pas accepté toutes les propositions qu’on m’a proposé. Le galeriste doit être un véritable partenaire et le contrat équilibré.)

Le conseil le plus important que je pourrais donner, c’est d’organiser votre activité en fonction de votre vision et de vos contraintes notamment handicap ou autres et pas en fonction de ce qui se fait habituellement dans votre secteur. Aujourd’hui, avec toutes les possibilités existantes en matière d’outils, de plateforme, de partenariat, vous avez la liberté de mener votre aventure entrepreneuriale où vous le souhaitez et ne pas être limité aux solutions classiques existantes.

Rêvez, osez et construisez votre propre chemin !