Interview de Julien Delamorte, créateur de Handsome

Handsome

Julien

07/07/2022

 

Parle-nous de toi et de ton parcours

Je m’appelle Julien, j’ai un parcours d’expertise comptable et d’école de commerce à l’ESCP. Je suis en situation de handicap avec une déficience auditive. A cause de ce handicap, j’ai été en échec scolaire quand j’étais plus jeune parce que les appareils auditifs étaient en stéréo à l’époque.

A partir du moment où les appareils ont basculé en numérique, j’ai eu une meilleure accessibilité dans mon quotidien et j’ai pu reprendre mon éducation scolaire et rattraper le temps perdu. Je ne cachais pas forcément mon handicap pendant les entretiens d’embauche mais je cachais mon échec scolaire et mon parcours scolaire. Ça n’est pas forcément bien vu, quand on intègre un gros cabinet de conseil que l’on a fait un bac pro dans le passé. Ils voyaient surtout le diplôme d’expert comptable et de l’ESCP. Ils n’ont d’ailleurs jamais posé la question. Je disais que j’étais déficient auditif en fin d’embauche. Ils étaient souvent surpris. Je convertissais mon handicap en un avantage bonus en fin d’entretien.

Après un certain temps, j’en ai eu marre du salariat et je suis passé dans l’entreprenariat. C’est à ce moment la que j’ai monté Handsome.

Parle-nous de ton entreprise

Lorsque je travaillais au sein de la Société Générale, nous avons réalisé une cartographie de l’ensemble des produits et services bancaires qui existent et lesquels étaient accessibles en fonction des typologies de handicap. On a pris les 4 différentes grandes familles de handicap : auditif, visuel, moteur, psychique et intellectuel. On a ensuite pris toutes les typologies de produits et de services bancaires et on a analysé les deux. Le tableau sort principalement rouge. La seule chose que les banques ont essayé de rendre accessibles aux handicaps moteurs, ce sont les agences bancaires, mais pas entièrement. C’est ici qu’est la genèse d’Handsome, pour rendre tous les services bancaires accessible à tous. Cela vaut pour les personnes en situations de handicap mais également pour les personnes en situation de déficience ou perte d’autonomie. Beaucoup de personnes ne veulent pas être reconnue comme en situation de handicap.

Handsome existe depuis Septembre 2019 et la crise est arrivée directement après en février 2020. Le premier produit que l’on a créé était une carte de paiement connectée qui va permettre de réaliser tout ce qui est écrit sur un TPE de manière à ce qu’un aveugle ou autre puisse entendre dans sa langue ce qui écrit sur le TPE. 9 déficients visuels sur 10 ont déjà été victime d’arnaque, de fraude ou d’erreur chez un commerçant. Ils faisaient soit surpayer soit ils faisaient repayer une deuxième fois.

Nous nous sommes alors vite rendus compte que cette carte allait permettre l’accessibilité à d’autres types de personnes : les autistes, les dyslexiques, les seniors en perte d’autonomie visuelle, … Cela permet aussi de rendre accessible les paiements aux personnes illettrées car cela les rassure. Cela est aussi utile pour les étrangers d’avoir le paiement dans sa propre langue.

Pour le développement de ce produit, je me suis bien entouré. Nous avons Thalès comme producteur de cartes, on a pour certificateur de la carte Mastercard. Nous avons des développeurs internes pour créer et gérer l’application.

Les projets en cours sont vastes, divers et variés. Le premier est de créer un compte bancaire accessible à tous et faire en sorte qu’à travers ce compte on puisse avoir accès à tous ses autres comptes. On réfléchit également à rendre accessible l’encaissement des chèques ou l’encaissement des espèces. On pourrait alors travailler avec un réseaux de commerçants.

Le crédit est aussi un gros projet. Actuellement, il y a beaucoup de clauses discriminantes pour les personnes en situation de handicap ou ayant eu une maladie.

Le prochain sujet est le paiement mobile. Lorsque tu es sur internet, pour le règlement, cela permettrait d’avoir juste à taper la carte sur le téléphone.

Parle-nous ta relation avec H’Up

Nous avons participé aux trophée pour l’entrepreneur de l’année. Nous avons été finaliste mais pas lauréat car la structure n’était pas montée. J’avais aussi pris une table de gala pour mes partenaires.

La chose qui t’a marqué le plus durant ton aventure entrepreneuriale

Ce qui m’a le plus impressionné est l’effet yo-yo que l’on vit au quotidien, notamment au niveau émotionnel. Entre le moment où tu y crois et tu as des convictions et le moment ou ça va se faire, il y a beaucoup de moments de doute. Je compare souvent la vie d’entrepreneur à une vie de personne qui va entrer en relation avec quelqu’un. Tu attends toujours les petits signes qui vont te rassurer dans ton parcours.

J’ai signé 4 gros deals stratégiques dont notre premier client, le crédit Agricole. Ils ont tous été des ascenseurs émotionnels. C’est ce qui m’a beaucoup marqué. Il y a eu beaucoup de cheveux blancs.

La plus grande appréhension à laquelle tu as fait face ?

La trésorerie a été la plus grande appréhension. Je n’avais jamais  eu de découvert à titre personnel. C’est extrêmement stressant.

Pour la levée de fond, nous allons passer par un cabinet de conseil. Il y a plusieurs fonds intéressés et nous avons une stratégie en plusieurs fois. Nous voulons bien choisir le premier partenaire avec qui nous allons travailler. C’est comme un contrat de mariage. Il faut qu’il ait envie de rester avec nous jusqu’au bout.

Ta plus grande fierté

Pour le moment c’est d’avoir réussi à tout concrétiser. Plus j’avance, plus il y a des opportunités et des propositions qui paraissent loin mais qui sont totalement atteignables. L’avoir en tête et voir les choses avancées, et réussir à créer une banque ce n’est pas rien.

On a réussi des choses impossibles parce qu’on ne savait pas que c’était impossible. Je ne savais pas que c’était impossible de créer une carte de crédit innovante.

L’impact de la crise sanitaire sur ton entreprise

Elle nous a accéléré pour signer le premier deal avec le crédit agricole. Comme c’était la crise, les gens avaient beaucoup moins de choses à faire et ils avaient beaucoup plus de temps de dispo pour travailler efficacement et avec plus de temps libre mais en travaillant plus.

Le crédit agricole cherchait des projets à faire, ce qui n’était pas le cas de toutes les banques. Cela a fait la différence.

Un dernier conseil à partager ?

Il faut croire en soi. On s’en fiche de ce que les autres peuvent dire et comment ils nous perçoivent. Il ne faut pas être inquiet quand il n’y a rien a faire. Il faut être patient et garder la conviction que ça va arriver.

Je me souvient, lorsque j’était salarié, j’ai eu un trou ou pendant une semaine je n’avais rien à faire. J’ai choisi de ne rien faire car j’étais dans l’attente d’une validation. Il faut se prendre du temps pour soi.

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.