Valentin Duthion

Parle-nous de toi et de ton parcours

Je m’appelle Valentin Duthion. Je suis du Jura et je suis venu à Lyon pour faire mes études supérieures car ce n’est pas possible dans le Jura. J’ai fait une fac de sciences en physiologie et pathologie musculaire jusqu’au M2 recherche et après, le débouché principal c’est la thèse. Ce ne me plaisait plus et avec un pote, Kevin, que j’ai rencontré il y a 11 ans en colonie de vacances pour jeunes adultes handicapés, nous nous sommes dit qu’à la fin de nos études, on allait monter une boite.

Parle-nous de ton entreprise

On s’est demandé ce qui avait du sens pour nous et comment on voulait œuvrer pour avoir un impact social. On a donc monté « Le Regard Français », qui est une marque de vêtements handi-responsables. C’est à dire que toutes nos chaines de fabrication, tout du long du processus, font intervenir et incluent des personnes en situation de handicap. Cela nous permet d’utiliser le vêtement comme un moyen de communiquer et de mettre en avant le savoir-faire social et solidaire et de sensibiliser à la différence non plus en mettant en avant ce qui se fait de mal mais ce qui se fait de bien.

C’est une fabrication française sauf le filage qui n’est pas fait en France car c’est une filière qui est inexistante ou quasi inexistante. Il est donc réalisé en Espagne.

L’entreprise a un an et demi. Tout ce qui touche aux logiques de stock en physique est compliqué car ça demande beaucoup de préparation en amont. On a commencé en site e-commerce depuis un an et demi et nous sommes en train de basculer en modèle hybride. Petit à petit, nous allons faire du micro stock pour pouvoir faire du physique. On a deux pop-up store à Lyon pour l’instant et l’idée est de continuer dans cette direction en 2022.

L’impact de la crise sanitaire sur ton entreprise 

Notre avantage est qu’on ne savait pas ce que c’était de monter une boite donc on ne savait pas ce que c’est de monter une boite hors période covid. Pour nous ça n’a pas changé grand-chose. On a lancé nos premières ventes le 20 février et le confinement est arrivé le 16 mars. C’est tombé en plein milieu de notre campagne de crowdfunding ce qui fait que ça a été un peu compliqué. De plus, nous ne passons que par des entreprises adaptées pour la confection. Elles ont été les premières à fermer ou à être très agiles et se mettre dans la fabrication de masques. Ça a été les premiers à ne plus faire ce pour quoi on les avait choisis, c’est à dire des t-shirts. C’était compliqué parce que ça nous a fait du retard sur nos délais de livraison mais ça nous a pas mal appris la transparence. On s’est adressé aux gens en leur parlant sur la crise sanitaire qu’on traverse aujourd’hui et ce que ça engendre dans la fabrication. On ne pouvait pas faire mieux avec les délais de livraison mais on a trouvé des moyens de faire patienter les gens. On a fait des opérations de communication sur ce qu’il se passait dans les ateliers et sur la fabrication. On a expliqué chaque étape. Au départ c’était vraiment pour aider à occuper le temps des gens et au final, on a trouvé ça hyper intéressant et on l’a gardé. Maintenant, on explique le tissage, la broderie, le flocage, la découpe, etc …

Ça nous a donc appris la transparence sur la traçabilité et la fabrication de nos produits.

Parle-nous ta relation avec H’up

A la base, on a contacté H’up pour des besoins très opérationnels, sur comment l’impact du statut de TIH dans le côté juridique de ta boite. C’était vraiment sur l’aspect très factuel et c’est comme ça qu’on a découvert qu’il y avait plein d’accompagnements cool comme le mentorat, les ateliers, les trophées H’up, etc.… C’est pour ça qu’on s’est engagé avec eux depuis Octobre l’année dernière.

On a fait la partie mentorat avec Anthony Martins Misse. C’était très cool car il a une grosse casquette com’. C’était bien a démarrage parce que vendre des vêtements c’est bien mais ce qui est important c’est à qui tu le vends. Il nous a bien aidé sur comment transmettre nos valeurs aux gens et à trouver où était les gens qui avaient les mêmes valeurs que nous.

La chose qui t’a marqué le plus durant ton aventure entrepreneuriale

Je dirais que ce sont nos partenaires. Lors de la première visite qu’on a fait chez eux, on n’avait jamais vu la fabrication finie, on avait uniquement une vision entrepreneuriale avec les bonnes pratiques et la bien pensance du marketing, du juridique, de la finance etc. Mais nous n’avions encore pas conscience du travail derrière, notre travail justement.

On oublie que derrière, pour faire 500 t-shirts, il y a 1500 heures de boulot, des adaptations qui vont de la luminosité à la hauteur des bureaux, au temps de travail, à l’apprentissage et la formation, en fonction des difficultés et des handicaps de chacun. En allant sur place la première fois, on a pu constater qu’on n’avait pas juste vendu des t-shirts, mais qu’on avait aussi permis un vraie reconnaissance sociale d’un savoir-faire pour une trentaine de personnes, sur deux semaines.

On vend la même chose mais on ne l’exprime pas de la même manière. On a pris une grosse claque ce jour-là et on s’est dit qu’il fallait qu’on arrive à le vendre aujourd’hui et que les gens en aient conscience. Ce n’est pas un simple achat de t-shirt, c’est un vrai impact social sur une consommation différente avec une vraie valorisation d’un savoir-faire qui n’est aujourd’hui utilisé principalement pour le BtoB, avec la mise en carton ou la défiscalisation. Ce ne sont pas des valeurs qui nous parlent. On sait que nos partenaires sont capables de faire des trucs biens.

Le première fois que « Le Regard Français » a pris forme, c’est vraiment quand on s’est rendu sur place pour la livraison des 500 premiers t-shirts et qu’on a vu ce qu’il y avait derrière et qui est incroyable.

La plus grande appréhension à laquelle tu as fait face ?

La plus grosse appréhension est toujours au démarrage. Tu as l’impression d’être un petit Poucet, que tu n’es pas légitime. T’as beaucoup de complexe d’infériorité avec plus de pression. Plus le temps passe, plus tu prends confiance en toi et tu te rends compte que ce que tu fais a du sens, que c’est bien et que tu sais dans quelle direction il faut aller.

C’était donc vraiment au démarrage, avant notre première vente et notre campagne de crowdfunding. Il y a des boites qui ont 50 000 euros de budget, c’est leur quatrième année d’activité et elles font des campagnes de crowdfunding. On se compare à ces gens-là et tant mieux parce que ça nous fait progresser et c’est comme ça qu’on atteint la perfection à ce moment-là. En même temps, on est tellement loin de leur résultat qu’on a l’impression d’avoir mal préparé, d’être nul et que ça ne marchera jamais. En fait, c’est juste qu’on avait 2 mois d’existence, 0 euros et peu d’expérience. Il faut avancer étape par étape et les premières étapes donnent l’impression d’être nul.

Ta plus grande fierté

Je dirai que c’est de voir l’engagement des gens et ce qu’ils font pour nous sans qu’on leur demande. Au salon du Made in France, il y a a des gens qui nous ont découvert et deux heures après ils nous ont amené la télé sur le stand. Ils ont été interviewés et ils ont dit qu’ils avaient découvert un stand que la télé devait aller voir.

Autre exemple, on ne demande jamais des partages sur Instagram et on est régulièrement partagé. On demande rarement et on nous donne beaucoup.

C’est une grande fierté parce que ça veut dire qu’on a réussi à transmettre la vision qu’il y avait dans notre tête, à Kevin et moi, il y a deux ans. On l’a fait juste en donnant des t-shirts à des gens. On a réussit à transmettre nos valeurs à des centaines et maintenant même des milliers des personnes.

Un dernier conseil à partager ?

Je dis tout le temps la même chose, mais avec des métaphores différentes pour être sûre que les gens comprennent au mieux. L’entreprenariat est comme une recette de cuisine. Au départ, tu fais une omelette et quand tu la manges, tu te dis qu’elle manque de sel. Tu la refais et tu testes tout le temps jusqu’à ce qu’elle soit parfaite.

Il ne faut pas s’attendre à un plat 3 étoiles tout de suite. Avant de faire le plat trois étoiles, il faut d’abord savoir cuire des pâtes, ensuite savoir faire la sauce des pâtes, etc, …

Au départ ça nous a fait perdre beaucoup de temps parce qu’on voulait faire tout de suite un truc parfait. En voulant faire un truc parfait, on n’avance pas et ça ne fonctionne pas.

Il faut toujours tester.

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